RESPÈ POU OU BEKEN !


Voici la deuxième publication de l’article pour honorer les valeurs de la société haïtienne. Nous espérons que vous aurez autant de plaisir à le lire que nous avons à vous le présenter. Une propositionn de Skaosn Baptiste.

Jean-Prosper Dauphin, plus connu en Haïti sous le nom de scène Beken. Ce troubadour unijambiste suite à un accident de la route à l’âge de 12 ans, depuis qu’une voiture l’a fauché dans une rue de Port-au-Prince. Il est l’un des musiciens les plus doués du pays.

Beken a 59 ans et 40 ans de carrière derrière lui. Sa voix rauque, adoucie par les chauds accents créoles, sa guitare folk et ses complaintes nostalgiques ont fait frissonner, presque chaque jour les mélomanes haïtiens et étrangers.

Depuis une vingtaine d’années, celui qui était aussi connu que le président Aristide, est de manière incompréhensible resté en marge de la foisonnante scène musicale d’Haïti. Le nom de Beken, en Haïti, ne dit pas grand-chose pour les moins de 20 ans, mais leurs parents se souviennent des chansons comme Tribilasyon ou Mizè, qui flottaient dans l’air des années 1980 et qui gardent toute leur fraicheur dans la mémoire du peuple haïtien.

Avec sa voix écorchée et ses mélopées nostalgiques qui chantent la dureté de la vie, le chanteur populaire haïtien Beken, ancienne gloire de Port-au-Prince, quelque peu inconnu à l’étranger, hormis la diaspora haïtienne, à la différence de Manno Charlemagne, plus engagé, Beken chante l’injustice et le quotidien des gens peu fortunés. Il met aussi en paroles sa propre souffrance, vu son handicap.

Né dans le quartier populaire de Carrefour le 3 juin 1956, Jean-Prosper Dauphin est le fils d’un petit artisan travaillant dans la tôlerie et la peinture de voitures. Aucun musicien dans la famille. Le virus l’a piqué à l’âge de 15 ans, avec sa première guitare. Depuis une trentaine d’années, il vit tant bien que mal de sa musique. Ses ritournelles populaires lui ont permis de nourrir ses cinq enfants, même si ses prestations se font plutôt rares ces derniers temps. Son dernier concert dans la capitale haïtienne, en décembre 2009, au parc historique de la Canne à Sucre, cachait mal une carrière en sommeil.

Le 12 janvier 2010, Beken, comme des centaines de milliers d’Haïtiens, se retrouvait dans la rue, sa maison ayant été détruite lors du séisme meurtrier. C’est dans ce contexte que le journaliste Valéry Numa a organisé ce grand concert musical en faveur de l’artiste avec la participation de plusieurs virtuoses de sa generation dont Boulo Valcourt et Lionel Benjamin. Par ailleurs, Simon Romero un journaliste du The New York Times, qui, couvrant l’actualité en Haïti, découvre les chansons de Beken au hasard des cassettes et des CD que son guide-interprète lui passe dans la voiture. Simon Romero signe un portrait attachant dans l’édition du 4 mars 2010 de son journal et, dans les semaines qui suivent, des journalistes du monde entier (Japon, Brésil… ) font le crochet, place Saint-Pierre, pour interviewer l’artiste, qui n’en revient pas de cette gloire retrouvée.

En avril 2010 , alors qu’il est en pleine préparation d’une série documentaire radio sur Haïti, Alexandre Héraud, producteur à FRANCE CULTURE, tombe lui aussi sous le charme de Beken,. Coup de pouce de l’Ambassade de France en Haïti pour financer son premier voyage en France. Et voilà comment les Malouins ont fait la connaissance du chanteur mélancolique de Port-au-Prince, lors de la soirée spéciale Haïti de France Culture, dans le cadre du fameux festival Etonnants Voyageurs.

Skason Baptiste

Précedent RESPÈ POU OU MICHEL JOSEPH !
Suivant RESPÈ POU OU PATRICE DANIEL FREDERIC !