COMPTE RENDU DE LECTURE DU LIVRE DE SKASON BAPTISTE


« CE QUE RACONTE UNE JEUNESSE » OU CONFIDENCES D’UN JEUNE HAÏTIEN
Le livre de Skason Baptiste est à lire avec un cahier de notes à la main, afin de se renseigner d’une manière rationnelle sur les problèmes auxquels sont confrontés les jeunes en Haïti. Ce livre contient trois versants, qui se donnent tous dans un mal de vivre particulièrement dur. Il l’est d’autant plus, quand on a la malchance d’être né dans une famille bancale, en un mot monoparental ; la vie en Haïti est une vie de chien, à plusieurs détentes. Ce sont ces paramètres que notre jeune auteur a mis en lumière dans ce livre passionnant, qui en dit long sur la déshérence des jeunes haïtiens. Tout est dit, calibré, analysé avec une hauteur de vue qui prouve que tout n’est pas perdu pour la jeunesse. L’auteur tend un miroir à ses homologues qui nous forcent à voir ceux-là de bon œil ; même lorsque parfois nous sommes découragés par les images que l’on voit sur nos petites lucarnes. On va d’émerveillements aux colères, de la tristesse à l’indignation, du découragement manifeste à la résistance devant une vie aussi dure. Ces descriptions avec les mots bien choisis valent leurs pesants d’or dans le livre. C’est un voyage éprouvant certes mais combien instructif pour comprendre de quoi est faite la multitude de la jeunesse haïtienne, ce qui la tracasse avec ses problèmes de toutes sortes qui la minent ; parfois ils se suicident parce que les espoirs se sont évanouis et que l’aube refuse tout simplement de se lever sur leur morne vie.  L’auteur est plutôt bien renseigné, au point de nous servir de guide dans les dédales des difficultés d’une jeunesse aux abois.
UN LIVRE COUP DE POING SUR LA JEUNESSE HAITIENNE

Il y a des livres, étant donné la thématique traitée, qui provoque aussitôt un vif débat dans la société, tant il remuent nos démissions collectives en tous genres. Il en est ainsi du livre de Jean Price Mars, « Ainsi parla l’oncle  » ou encore « l’Etat Haïtien et ses intellectuels » . Autres temps, autres préoccupations sociétales tout aussi lancinantes. Où en est la jeunesse haïtienne ?  C’est vrai dans notre société haïtienne, aucune statistique récente ne parle des problèmes auxquels sont confrontés des jeunes haïtiens. Il existe une carence d’institutions appropriées à leurs problèmes. Dans la plupart des cas, ils ne sont pas cons dans les processus des décisions étatiques ; contrairement à ce qui se passe dans d’autres sociétés où les dirigeants savent qu’ils doivent commencer par la jeunesse.

L’auteur « de ce que raconte une jeunesse » avec un sous-titre tout aussi éblouissant, motivant « confidences d’un jeune Haïtien » Skason n’est pas né avec une cuillère d’argent à la bouche, loin de là. Dès sa conception les difficultés commencent, sa mère est abandonnée par son géniteur. Sa mère avait déjà trois garçons à élever, à éduquer, élever un quatrième, donc une bouche de plus à nourrir est d’autant plus compliquée qu’aucune politique familiale étatique ne vient à la rescousse d’une telle situation.

Ce jeune compatriote au sourire franc et massif sûr de lui, une poignée de main tout aussi rassurante où l’on sent une rage de vivre qu’effleure un sens aigu de la communication, des rapports humains. Skason nous entraine dans l’univers de la misère qui lorgne allègrement la jeunesse haïtienne, ce, à partir de ses propres expériences. La première partie « une jeunesse précaire » quelle misère ! quels combats ! pour parvenir à faire une petite place, car dans ce pays, on est pauvre de père en fils, ainsi de suite. Aucune chance de parvenir à l’amélioration d’une situation si l’on n’est pas né du bon côté, ainsi on est pauvre d’une génération à l’autre.

Dans une démonstration sociologique convaincante, l’auteur explique son parcours qui en dit long sur les drames vécus, mais aussi ceux des compagnons, des condisciples dans un pays où être jeune c’est se livrer à soi-même, sans perspectives d’avenir. Mais le tableau que peint Skason Baptiste nous donne la chair de poule, on se demande comment pourrait-on arriver à une pauvreté aussi extrême.  Ce portait est tout aussi valable pour l’ensemble de la jeunesse haïtienne en prise avec toutes sortes de problèmes souvent carrément de survie : « Je me présente comme un fruit non produit par une plante qui sût bénéficier de l’arrosage d’amour nécessaire à sa croissance et à son épanouissement moral. L’histoire de ma vie est différente de celle que l’on imagine réellement. Dans une certaine mesure, certains hommes, sans formation ou diplômes, avant de devenir pères de famille, pour faire face à leurs obligations journalières, recourent à l’apprentissage rapide de certains métiers manuels, tels, maçonnerie charpenterie mécanique etc. Ceci a l’avantage de permettre des rentrées substantielles, grâce auxquelles ceux-ci peuvent subvenir à leurs besoins, tout en profitant du peu de réserve accumulée pour aller au bal, manger avec des amis inviter une jeune fille au cinéma prendre une bière. Ce fut le cas de mon père ».

Évidemment une telle filiation pour le moins chaotique annonce des difficultés à venir sur tous les plans. Autrement dit le jeune Skason est issu d’une famille monoparentale. Une telle réalité parentèle explique seulement en partie notre sous-développement chronique ; car si la démographie n’est pas contrôlée, aucun processus de développement ne saurait être amorcé, encore moins un décollage économique. Pourtant le Gouvernement de Préval II avait tenté d’y remédier par une loi.  « loi sur la paternité responsable » dans son article 7 stipule pour déterminer la paternité un test sanguin s’impose. Mais voilà le pays est doté de toutes sortes de lois plus progressistes les unes que les autres, mais rien n’y fait, personne n’a le courage de les appliquer. Ce qui fit dire au Professeur Manigat dans un séminaire à La Sorbonne en 1989 « Mesdames Messieurs les institutions n’existent pas, il n’y a que des hommes, ce sont les hommes qui font les institutions et non l’inverse>>.

L’auteur à partir des analyses sociétales accouche des observations sociologiques pertinentes qui en général échappent aux communs des mortels, car on peut écrire ce que l’on a vécu, on peut témoigner sur ce que l’on a vu, on peut convaincre sur ce que l’on a enduré. Dans ce domaine, son livre dépasse largement les frontières de la jeunesse pour atteindre le sublime des facteurs du sous-développement. : « Oui c’est le drame perpétuel des mères haïtiennes abandonnées, placées devant un affreux dilemme. Elles portent leurs Enfants et continuent à la faire sur leurs bras durant longtemps. Comme elles ne pouvaient pas avoir un enfant sans identité, elles se devaient de la déclarer aux autorités de l’état civil. De ce fait, dans la société haïtienne, les déclarations-mère sont légion, pareilles à ces cas de figure répétitifs de femmes obligées de prendre la place du père avec des enfants sur leurs bras portant tous le nom maternel. Ils sont nombreux, les pères géniteurs s’esquivant de leurs responsabilités paternelles, en dépit des différentes législations haïtiennes tendant à réagir cette manière>>.

C’est un véritable plaidoyer qui se dessine en filigrane en faveur de ces familles monoparentales qui montent un calvaire. L’auteur fait partie de ces enfants haïtiens, qui n’avaient pas connu la présence d’un père. Mais tout est bien fini pour l’auteur, qui a pu goûter la joie de vivre, avec son père qui l’a reconnu tardivement certes, mais reconnaissance tout de même. Son ouvrage pose des problèmes de société dans toutes leurs acuités avec des actualités particulièrement alarmantes. Sur ce point l’auteur n’a rien oublié,  les souvenirs remontent allègrement à la surface : « Ma mère, dans les pires souffrances et humiliations de sa vie, souleva le lourd fardeau de traîner derrière elle et sur ses bras ses quatre enfants, on les connaît tous, ils sont turbulents espiègles. Difficiles à contrôler. Déjà, trois garçons à prendre en charge, dans ce contexte, ma venue dans cette famille monoparentale n’avait rien de réjouissant. Un tableau vraiment lamentable d’une maison délabrée habitée par une fratrie de quatre enfants et une mère, sans secours aucun, obligée de jouer les deux rôles».

Plonger dans cet univers c’est se rendre compte, combien l’Etat est absent sur toutes les lignes, combien la jeunesse de ce pays est absente dans les programmes sociaux, si jamais il y en a. On le sait que trop, aucune société ne parviendra au stade de décollage économique si elle ne règle pas les problèmes de l’analphabétisme et démographique. Or chez nous les statistiques démontrent que nous sommes loin du compte, que l’on assiste depuis une cinquantaine d’années, à une régression, comme disaient les vieux de chez moi, le pays ne s’est pas arrêté, il va à reculons.

LES EXPERIENCES PROFESSIONNELES DE LA VIE

De maintes expériences, de parcours professionnels enrichissants aux rencontres qui sont au rendez-vous. Le jeune Skason est cultivé, sûr de lui dans les conversations, il est à l’aise et connaît sa société haïtienne comme ses poches. Il a des idées précises sur ce que l’on devrait faire pour que la jeunesse aille de l’avant. Il parcourt le pays avec enchantement, organise conférences sur conférences devant ses homologues dont les messages consistent à ne pas se décourager. D’ailleurs comme tout jeune haïtien l’auteur a eu son itinéraire initiatique, natif de province. Le voilà dans la capitale. Qui n’a pas connu ce parcours, car rien n’est plus agréable de remonter dans son passé, disons mieux de son origine provinciale : « En 2009 j’avais dix- neuf ans lorsque j’ai terminé mes études classiques au Lycée national Philippe Guerrier du cap Haïtien. Je devais, comme bon nombre de jeunes bacheliers, laisser la région pour rentrer à la capitale dans le cadre d’études universitaires. C’était d’ailleurs très courant à cette époque. Eux au moins avaient déjà quelqu’un chez qui crécher une fois arrivés à la capitale. Alors que moi, sans famille d’accueil qui m’attendait, je me décidais à rentrer dans le ventre du monstre Port-au-Princien, avec seulement ma vision, une bourse d’études en communication et deux mille gourdes comme unique argent de poche. C’était décidé. Soit que ce monstre m’engloutisse, soit que j’y récolte le succès de ma réussite souhaitée. » Dans l’accomplissement de ce rêve, le jeune Skason travaille avec des flammes au bout des semelles dont l’objectif c’est se faire résolument une place sous les cieux haïtiens si difficiles, si compliqués pour celles et ceux qui ne sont pas nés du bon côté. Comme tout jeune du monde, après le baccalauréat, la question se pose tout naturellement quoi faire avec un bac en poche dans une société où aller à l’école, à l’université y rester est tout simplement un investissement hors de prix. Terminer ses études n’est pas un droit, loin de là, c’est un parcours semé d’embûches, car ne rentre pas à l’université qui veut.

Ce sont des défis que l’auteur a su révéler. Dans ses différents témoignages, on sent un jeune homme plus que déterminé à faire échec aux déterminismes de toutes sortes : « D’autres expériences professionnelles grâce auxquelles j’avais pu prendre mon envol allaient marquer ma vie. J’avais fini par comprendre que la technologie, utilisée à bon escient, permet d’accomplir de grandes choses. J’allais en faire un outil d’une rare efficacité … D’ailleurs, depuis mon premier et bref passage à Port au Prince, j’en avais profité pour apprendre quelques notions. Je pouvais naviguer sur la toile sans problème. J’en avais eu recours pour contacter Valéry Numa qui m’avait permis d’étudier à son école de journalisme, Excel, de même dans le cadre d’autres collaborations que j’allais avoir un peu plus tard au cours et après mes études journalistiques».

Combien, contrairement à  Skason ont renoncé aux premières bourrasques de la vie, et ont sombré dans le néant. La vie en Haïti est tellement dure et pour la jeunesse en particulier, c’est un vrai chemin de croix. L’auteur a su nous entraîner dans les dédales d’une jeunesse en déshérence dont les rescapés sont un tout petit nombre, à l’image de Skason qui brasse la vie pour en faire un modèle de réussite. Un discours bien rodé qui sonne juste dans les décombres de la vie qui jalonnent souvent les parcours dans ce pays. Ce qui est tout à son honneur, l’auteur ne se comporte pas comme un parvenu, ce n’est pas du tout son objectif, au contraire il souhaite que la jeunesse de son pays prenne son destin en main : « Mon opinion est que de telles initiatives entreprises doivent nécessairement avoir pour but de créer quelque chose qui puisse participer à l’édification de la collectivité. Il faut donc chercher à développer le sens de la créativité objective ».

Vaste programme,  en effet, si l’on tient compte que le civisme est absent depuis belle lurette dans les classes en Haïti, cet ouvrage dans bien de ses compartiments met le doigt où ça fait mal. Le constat ne se lit pas seulement ici, il donne des clés pour comprendre et nous faire voyager dans un pays où aucune structure ne tient bref c’est l’Etat lui-même qui est en cause. Ce n’est pas l’affaire d’un gouvernement, c’est notre histoire elle- même qui bégaie depuis trop longtemps. Quand on lit les anciens on a l’impression que l’on tourne en rond, les mêmes petits calculs, les mêmes processus de corruptions qui affectent tout le corps social en sus la jeunesse paie le prix fort.

L’AUTEUR A QUELQUE PEU RÉUSSI SA VIE

Au milieu des richesses rapides et qui provoquent autant de frustrations. L’auteur s’est mis très jeune à l’ouvrage construisant pas à pas, une vie professionnelle exemplaire. Maintes occasions se présentent à lui maintes rencontres ont fortifié un désir non seulement de réussir mais aussi de bousculer cette jeunesse, l’injectant le sens de l’initiative. L’ambassadeur Jean Robert Herard dans une préface rappelle combien il est difficile d’édifier quelque chose qui soit pérenne et ce d’autant plus l’initiative privée est très peu encouragée. L’auteur réunit toutes ces valeurs, du moins se bat en allant devant ses homologues dans des conférences sur le net où il tient des chroniques de conseils et réagir à l’actualité toujours dans deux champs principaux : Comment s’investir soi-même, en somme l’auteur fait la promotion de l’entrepreneuriat comme moyen de sortir de la misère. En parallèle, il se donne tout aussi à fond dans le civisme. La jeunesse haïtienne a besoin de l’éducation pour ne pas sombrer dans la médiocrité, dit-il. Skason démontre, avec la volonté que tout est possible.

Maguet Delva

Paris, France

Précedent LOL !!!
Suivant L’ESPOIR FLEURIT : UN BEL ÉCHANTILLON DE LA JEUNESSE HAÏTIENNE